Focus

Photopqr : les photographes sur le terrain au nom de la liberté d'informer

Rédigé le 17/03/2020
Bogna Romankiewicz


Dans les coulisses de l'information, en période de confinement renforcé...
Acteurs majeurs de l'information, les photographes de la presse quotidienne régionale doivent aussi s'adapter aux restrictions imposées par le décret du 16 mars 2020 qui a suivi l'allocution du président de la République Emmanuel Macron.
Selon l'article 1er sur la règlementation des déplacements, les déplacements professionels n'étant autorisés que s'ils sont "indispensables" et ne peuvent se faire sous forme de télétravail.



Nos photographes du réseau Photopqr sont rompus à des reportages dangereux et violents : ne serait-ce que ces derniers mois sur les manifestations des gilets jaunes, où plusieurs d'entre eux ont été blessés dans l'exercice de leurs fonctions, mais aussi régulièrement sur les scènes de violences urbaines. Certains photoreporters ont aussi couvert les événements  du printemps arabe, ont vu l'insalubrité de zones dévastées par des catastrophes naturelles comme le tsunami de l'Asie du Sud Est ou le séisme en Haïti. 
Mais là... "Pas facile de se protéger d’un ennemi invisible", précise Franck Dubray, photographe d'Ouest France, "sur un manif ou dans la zad de Notre Dame des Landes, on voyait le danger venir".



Chacun des journalistes est convaincu de la nécessité de "continuer à informer", mais les consignes sont assez disparates d'un journal à un autre. Il y a des rédactions où elles sont encore attendues. Chacun est cependant conscient du problème et applique déjà les gestes barrière.
"Pas de masque" pour le photographe Jean-Marc Loos, basé à Strasbourg pour le journal L'Alsace, il doute de son efficacité. Masque pour d'autres photographes, qui ont pu s'équiper, comme Laurent Theillet, photoreporter à Bordeaux pour Sud Ouest.



Des masques aussi à La Voix du Nord, dont les  reporters ont été parmi les premiers de la PQR à aller sur le front du coronavirus en Italie, le 25 février 2020. "A mon deuxième jour de reportage en Italie, je suis allé aux urgences, et là j'ai réalisé combien la situation était grave et combien ça serait serieux", raconte Baziz Chibane, qui a chaussé un masque et immortalisé l'émotion sur son instagram avec un selfie. Il a photographié en Italie ce que la France a commencé à vivre avec du décalage.
Mise en retrait aussi pour le photographe du Parisien avant de pouvoir retrouver le terrain de reportage hexagonal en gants et masque, mais surtout la carte de presse en guise de laisser-passer.



Parmi les autres précautions adoptées par les journalistes, les distances de sécurité pour la plupart des photographes, qui vont en reportage. 
Les photographes limitent aussi les contact avec leurs confrères : beaucoup ne rentrent plus dans les rédactions, editing seul au milieu de la place (comme pour Laurent Theillet), dans sa voiture pour Franck Lallemand de l'Est Républicain ou à leur domicile.
Jérémie Fulleringer, photographe de La Montagne, doit prendre son mal en patience. "Je ne sors pas sauf pour un reportage véritablement urgent et on utilise des photos d'illustration au maximum". Il travaille en gants et avec un masque. Pas de passage par l'agence : sa rédaction s'est dématérialisée sur un fil Whatsapp. L'editing des photos, il le fait chez lui, après avoir nettoyé minutieusement son matériel photo aux lingettes désinfectantes.



En parcourant les journaux, les prises de vue se font effectivement plus rares, les rédactions utilisent volontiers des photos d'archives et d'illustration plutôt que d'exposer les photographes au risque d'infection par le covid-19.
"Informer, c'est choisir", apprend-on dès les écoles de journalisme. Avec l'épidémie de coronavirus, les journalistes sont aussi amenés à choisir entre leur sécurité personnelle, celle de la nation.



"La baisse, voire l'arrêt d'une grande partie de l'activité économique, sociale et culturelle entraîne une forte diminution des reportages de terrain", précise Claude Petit, chef du service photo de Sud Ouest. "Nous revoyons notre planning en n'assurant qu'une permanence photo de deux ou trois photographes".
L'annonce de la non parution de certains journaux et magazines prochains jours conforte toute la filière de l'information vers une réduction de travail et le chômage partiel.